La personne poussant le carreton, Maître Gibert, demande de mes nouvelles lorsqu'il croise un de mes proches. Il se rappelle sans doute de moi, de mes pensées qui ne se prêtaient pas tout le temps au cours du jour, se transformant en pensées imaginaires, en rêves de gosse. Il se rappelle sûrement aussi des récréations où je restais avec Pierre, dans un coin isolé des autres camarades à écarter et faire la vache pendant que les autres garçons jouaient au foot ou au basket et que les filles, elles, sautaient, virevoltaient passant de case en case, jouant à la marelle. Alors avais-je déjà l'esprit en piste ? Je crois bien ... j'ignorais l'importance que donnaient mes parents d'aller à l'école, de travailler, d'écouter, de me concentrer ... j'en perdis le passage en CE2 pour rester avec Maître Gibert une année de plus.
[En arrivant chaque jour dans la cour de l'école je me prenais pour un écarteur qui me plaisait, sans qu'il devienne forcément une idole fixe mais plutôt une idole de circonstance. Un lundi, alors que la veille j'avais vu évoluer Benjamin De Rovère dans les arènes de Castel Sarrazin, j'arrivais en boitant, faisant comme l'écarteur que j'avais croisé après la course. Je ne ressentais pourtant rien ! J'étais en réalité un simple petit acteur qui jouait un rôle et voulait se sentir écarteur].
Cette année-là, une initiation à la course landaise était au programme pour les deux classes de CE1. Après avoir su qu'on allait y participer, j'étais content, content que des personnes parlent de la course landaise, mais je cachais pour le moment mes quelques connaissances que j'avais dénichées, tout seul, grâce à mes cinq ou six courses vues dans la saison ou des quelques cassettes que j'avais. Je savais que pour moi la course n'était pas étrangère ...
Une fois débarquées les deux classes dans les arènes, tous les élèves devaient passer à tour de rôle face au carreton pour réaliser deux figures. C'est Bernard Pierre, ancien écarteur qui nous plaçait et qui, si je me souviens bien, avec ses mains sur mes hanches m'indiquait où il fallait tourner. Je faisais comme devant Pierre lors des récréations, laissant place à mon numéro d'acteur que j'avais répété et répété, sans cesse et sans cesse ... Un journaliste était présent, et je finissais quelques jours plus tard dans le journal écartant le carreton avec aux commandes de celui-ci ... Pierre.
L'an dernier, l'école primaire de Tyrosse me demandait de bien vouloir faire une initiation à la course landaise, une initiation que j'avais accepté de faire, avec Bernard Pierre ... J'avais d'ailleurs fini dans le journal mais cette fois-ci c'est moi qui tenais le carreton !
En photo un des deux écarts que j'avais réalisé.